Quelles solutions au chômage?

Quelles solutions au chômage propose Mélenchon ? A côtés de mesures assez consensuelles, comme l’amélioration des services de l’emploi actuellement sous-performants et en sous-effectifs, l’investissement dans la formation des chômeurs et l’extension des droits à la formation à ceux qui ont été durablement hors du marché du travail, Mélenchon se distingue par des mesures moins conventionnelles qui méritent d’être discutées.

  1. La relance de la demandeoui, mais au niveau européen!

En augmentant le pouvoir d’achat des salariés en bas de l’échelle des salaires, la hausse du SMIC et les différentes politiques de transferts vers les plus bas revenus ainsi que les plans d’investissement pourraient augmenter la demande agrégée. Ceci repose sur l’hypothèse tout à fait crédible que les ménages modestes consomment en général une plus grande part de leur revenu que les ménages plus aisés. En période de chômage conjoncturel cela est une très bonne idée. Il y a fort à penser que cet effet aurait un effet important dans le court terme.

Cette effet de relance aura ses limites cependant. L’une des principales limites est que l’économie française est extrêmement intégrée à ses partenaires européens et une partie de la demande supplémentaire profitera à nos partenaires et augmentera nos importations. Mitterrand avait dû faire marche arrière rapidement au début de son premier quinquennat en observant l’augmentation rapide du déficit extérieur. Une telle politique ne peut fonctionner que si elle est réalisée à l’échelle d’une zone relativement peu ouverte, c’est-à-dire la zone euro dans son ensemble.

Un autre problème concerne l’effet sur nos exportations. La hausse potentielle des prix dégradera la compétitivité-prix de la production sur le sol francais par rapport à nos partenaires commerciaux au sein de la zone euro, puisque le taux de change y est par définition fixe. Cela diminuera la demande pour nos exportations. Les exportations françaises sont assez sensibles à leur prix, et une telle dégradation pourrait peser sur notre compétitivité pendant un certain temps.

2. Réduire le temps de travail, une efficacité difficile à quantifier

Le candidat veut ouvrir une grande conférence sur le passage aux 32h. J’ai expliqué à plusieurs reprises sur ce blog pourquoi cela était potentiellement une bonne idée, dans une économie avec un salaire minimum élevé, pour réduire le chômage (contrairement à la croyance collective). La réduction du temps de travail permet aussi en général d’augmenter la productivité du travail, parce que la productivité des travailleurs baisse avec le temps de travail et parce que les entreprises sont incitées à réorganiser le processus de production. Quoique l’effet de la réduction du temps de travail avec les lois Aubry sur l’emploi soit très difficile à évaluer parce qu’elle a été couplée à des baisses de charge, une forte croissance économique et une hausse du salaire horaire, les seules études (OFCE et DARES) dont on dispose en France suggère que le passage au 35h a créé entre au moins 350000 emplois. Deux études portant sur les réformes au Québec et en Allemagne suggèrent que la réduction du temps de travail n’a pas eu d’effets sur l’emploi.

Il est vrai que cela réduit la liberté des individus de travailler autant qu’ils le veulent. Certes, mais c’est bien l’idée du partage, il faut accepter un peu moins de liberté pour que chacun puisse avoir l’opportunité d’avoir un travail. Il y aurait évidemment d’autres solutions au chômage si le salaire minimum ne rationnait pas la quantité globale de travail dans l’économie. D’autre part, la baisse du temps de travail permettrait aussi de transitionner vers une société du loisir, dans laquelle les individus ne passent plus leur vie à la gagner mais se réalisent dans d’autres activités.

Deux mécanismes limitent l’impact sur l’emploi de la réduction du temps de travail. Tout d’abord, cela pourrait augmenter les coûts organisationnels et administratifs, surtout pour les entreprises qui requièrent un travail en équipe et la coprésence des salariés. Ensuite, l’argument présenté dans le premier paragraphe suppose que le salaire horaire reste constant, c’est-à-dire que les salariés travaillant désormais 32h seraient payés…. 32h. Si le salaire mensuel ne baisse pas, alors la réforme équivaut à une hausse du temps de travail et l’effet sur l’emploi devient très incertain. Autant dire que, comme il sera difficile de faire accepter une baisse des salaires mensuels aux salariés, la réduction du temps de travail ne pourra pas augmenter l’emploi autant que la théorie le prédit.

3. Le droit opposable à l’emploi: une mesure intéressante mais avec des effets pervers

Tout chômeur de longue durée pourrait demander lorsque ses droits sont épuisés un emploi dans la fonction publique. Si je suis entièrement d’accord sur le principe selon lequel, dans nos sociétés salariales centrées sur le travail, il devrait exister un droit à l’emploi, car c’est l’unique manière pour une personne sans capital d’accéder aux conditions de son existence matérielle ainsi qu’à un certain statut social, cette mesure devrait être complétées par d’autres pour s’assurer que les individus aient toujours une incitation à chercher un emploi là où ils profitent au mieux à la société et n’attendent pas un emploi de la part de l’Etat. En économie, on parle d’aléa moral lorsqu’une assurance - en l’occurrence d’obtenir un emploi - réduit l’effort que l’individu fait pour éviter que le risque ne se réalise et det pour trouver un emploi par soi-même. Le risque d’une telle mesure est qu’elle freine la recherche d’emploi en enlevant aux chômeurs toute incitation à trouver un emploi qui correspond à ce qu’ils savent le mieux faire. Ces mesures peuvent inclure, l'obligation d’accepter une offre d’emploi qui correspond à ses qualifications, l'obligation de recherche d’emploi et de formation pendant le contrat avec l’Etat, et le fait que ces emplois publics soient payés à un salaire qui encourage le travailleur à chercher un autre emploi où il sera plus productif.

Cahuc P. et A. Zylberberg. “Reduction of working time and unemployment”, dans Working Hours and job sharing in the EU, Oxford University Press, 2008.

Crépon B. et F. Kramarz. “Employed 40 hours or Not-Employed 39 : Lessons from the 1982 Workweek Reduction in France”. Journal of Political Economy, 2002.

Hunt J. “Has Work-Sharing worked in Germany?” Quaterly Journal of Economies, 1999.

Skuterud M. “Identifying the Potential of Work-Sharing as Job Creation Strategy”. Journal of Labor Economics, 2007.

'Progressivité du barème de l'impôt sur le revenu, sur le capital et l'héritage et hausse de l'investissement dans l'éducation des enfants

Comment Mélenchon aborde-t-il la question de la réduction des inégalités et du financement de la hausse des transferts qu’il promet ? La manière directe consiste à intervenir sur l’échelle des revenus du travail, i.e. les revenus primaires, en modifiant le SMIC (+16%) ou en fixant un écart maximum des salaires au sein d’une entreprise (1 à 20).  L’autre manière consiste à redistribuer la richesse en taxant les revenus primaires et transférer les ressources entre ménages sous la forme d’un impôt progressif et d’une prime à l’emploi (et autres transferts pour les ménages modestes) sans affecter la distribution de revenus primaires. Dans ce post, nous argumentons en faveur de l’usage de l'impôt et des transferts car cela permet de redistributer entre ceux qui sont avantagés ou qui ont de la chance à un certain moment du temps en limitant les conséquences macroéconomiques néfastes.

Intervention directe sur l’échelle des salaires

Nous avons amplement l’effet de la hausse du SMIC ici. Nous avons montré que si vouloir diminuer les inégalités des revenus est un très bon objectif, la hausse du SMIC n'est pas l'outil le mieux adapté. Modifier le salaire n’est pas le meilleur moyen car il a aussi des conséquences macroéconomiques potentiellement néfastes - le chômage. 

L’écart de 1 à 20 au sein des entreprises. Le principe me plait. Mais deux raisons me font penser que cela n’est vraiment pas la meilleure façon de réduire les écarts de revenus. Tout d’abord, cette mesure va pousser les entreprises à externaliser certaines parties de leur production et/ou se redécouper en plus petites entités afin que le haut et le bas de la hiérarchie ne se trouvent plus au sein de la même entité juridique. Ensuite, la concurrence pour attirer les meilleurs managers est désormais internationale pour ces individus et il ne fait aucun doute qu’ils ne voudront pas revenir travailler dans une entreprise française si leur salaire est deux à trois inférieur à ce qu’il est dans des pays voisins. Cela pourrait avoir des conséquences sur les capacités des entreprises françaises à se développer et à innover au mieux de leur potentialités.  

Intervention indirecte, redistribution des revenus et promotion de la mobilité sociale

La hausse du barème de l’impôt sur le revenu et le taux sur la tranche supérieure à 100% au-delà de 33 000 euros par mois a de quoi rappeler les Etats-Unis des années 40 et 50. La hausse de la progressivité de l’impôt est le meilleur moyen de redistribuer de la richesse entre les agents au sein de nos économies modernes. Elle limite les inégalités des revenus sans intervenir sur la distribution des salaires. C’est une mesure extrêmement positive. L’argument de la fuite des élites reste cependant à prendre en compte et il faut se poser la question des taux maximums à mettre en place.

La hausse de l’ISF est aussi un très bon moyen de promouvoir l’égalité des chances entre les individus en limitant la transmission des richesses entre générations et le creusement des niveaux de richesses entre individus au cours du temps. La principale peur des économistes face à une telle mesure est la baisse de l’incitation à épargner et donc une baisse du capital disponible pour une économie. A cet argument, l’on peut répondre que dans une économie internationalisée, l’épargne nationale perd de son importance puisque le capital peut être importé de l’étranger. Ensuite, il n’est pas clair ce qu’est un « bon niveau d’épargne ». Il n’est pas clair que plus d’épargne soit toujours mieux.

La hausse de la taxe sur l’héritage et l’investissement dans l’éducation des jeunes dès le plus jeune âge est une manière extrêmement efficace d’augmenter la mobilité et de limiter la reproduction sociale, c’est-à-dire d’augmenter la mobilité sociale et économique au sein de la société.

En conclusion, ne cherchons pas à intervenir directement sur les bas-salaires. Ne touchons pas aux salaires mais augmentons la progressivité de l’impôt et les transferts aux bas salaires. Car ce qui compte pour un ménage, c’est le revenu qu’il touche après impôt et transfert, pas le salaire que l’entreprise verse. Certains diront que tout travail mérite un juste salaire ! Nous répondons que pour les emplois les moins qualifiés, ce juste salaire peut se construire comme la somme du salaire de marché et d’un salaire socialisé, transféré à travers l’Etat.

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